48 % d’avis favorables chez les critiques, numéro un mondial dans une quarantaine de pays. Le nouveau film de Jennifer Lopez réussit un grand écart que peu de productions atteignent. Sorti le 5 juin sur Netflix, Office Romance se fait éreinter par la presse et bat des records d’audience au même moment.
Numéro un dans une quarantaine de pays
Les chiffres viennent de Netflix elle-même. Sur sa première fenêtre de classement, du 1er au 7 juin, la comédie a totalisé 40,1 millions d’heures de visionnage, soit 20,9 millions de vues, alors qu’elle n’était en ligne que depuis trois jours. La plateforme l’a placée en tête de son palmarès mondial des films anglophones.
La carte des pays conquis donne la mesure du phénomène. D’après le suivi du site spécialisé What’s on Netflix, le film a démarré directement premier en France, en Allemagne, au Brésil et aux États-Unis. Le Royaume-Uni a hésité un week-end avant de basculer lui aussi en tête. Même la Corée du Sud, marché réputé hostile aux productions américaines, est passée de l’anonymat à la quatrième place en quelques jours.
La deuxième semaine n’a pas calmé la machine. Entre le 8 et le 14 juin, Office Romance a encore réuni 24,6 millions de vues et conservé son fauteuil de leader. Le magazine français Puremédias évoque près de 45 millions de vues en dix jours et range déjà le film parmi les candidats au titre de carton de l’été. Pour une comédie romantique lancée sans grande campagne, la performance sort du lot.
Une pluie de mauvaises notes
Pendant que les abonnés cliquaient, les critiques sortaient les couteaux. Sur Rotten Tomatoes, le film plafonne à 48 % d’avis positifs sur 66 articles recensés, avec une moyenne de 5,4 sur 10. Le verdict du site résume le reproche dominant : une production aussi lisse qu’une présentation d’entreprise, portée par un duo sympathique mais trop sage pour bousculer les codes du genre.
Le constat se retrouve ailleurs. Metacritic agrège vingt critiques pour une note de 52 sur 100, soit la zone grise des avis mitigés. Roger Ebert juge le film aussi quelconque que son titre. Le site IndieWire ironise sur le nombre de règles du droit du travail que les deux héros piétinent au fil de l’intrigue. Les griefs reviennent en boucle : dialogues plats, scénario prévisible, alchimie incertaine entre les deux têtes d’affiche.
Tout le monde n’a pourtant pas descendu le film. Le critique de Screen Rant lui accorde un 7 sur 10 et avoue avoir souri du début à la fin. Ces voix restent minoritaires. Le grand écart est là : une presse globalement froide, un public qui afflue.
La mécanique Netflix du film mal-aimé
Ce divorce entre la salle de presse et le canapé n’a rien de nouveau chez Netflix. En 2024, A Family Affair, avec Nicole Kidman et Zac Efron, avait été descendu en flammes par la critique avant de truster le sommet du classement pendant des semaines. La même année, The Idea of You, porté par Anne Hathaway, avait suivi exactement la même courbe. À chaque fois, les journalistes se demandaient s’ils avaient vu le même film que les millions de spectateurs séduits.
La plateforme a fait de ce décalage une stratégie assumée. La comédie romantique coche toutes les cases du visionnage du soir : une intrigue facile à suivre, des acteurs connus, une durée raisonnable, aucun effort de concentration exigé. Peu importe que la critique boude. L’algorithme pousse le film, le bouche-à-oreille fait le reste, et le compteur de vues grimpe pendant que les étoiles des critiques restent au plancher. Office Romance applique la formule à la lettre.
Un scénario né dans un train pour Londres
Derrière le projet se cache une anecdote que Netflix met volontiers en avant. Le scénario est signé Brett Goldstein et Joe Kelly, deux auteurs de la série Ted Lasso. Les deux hommes l’ont imaginé pendant un trajet de trois heures en train entre Manchester, où se tournait la série, et Londres. Tous deux revendiquent un goût prononcé pour les comédies romantiques à l’ancienne.
La distribution doit beaucoup au hasard des affinités. Jennifer Lopez est une fan revendiquée de Ted Lasso, et son personnage préféré n’est autre que Roy Kent, incarné par Goldstein lui-même. Quand l’acteur lui a envoyé le script, l’actrice a cru qu’on l’avait écrit pour elle. Réalisé par Ol Parker, le film la met en scène en Jackie Cruz, patronne autoritaire d’une compagnie aérienne qui interdit toute relation entre ses salariés, règle aussitôt mise à l’épreuve par l’arrivée d’un jeune avocat. Goldstein lui donne la réplique dans ce rôle, en plus d’avoir tenu le stylo.
Le retour de la reine du genre
Pour Jennifer Lopez, ce succès tombe à un moment particulier. À 56 ans, l’actrice règne sur la comédie romantique depuis plus de vingt ans, de The Wedding Planner en 2001 à Maid in Manhattan l’année suivante, jusqu’à Marry Me en 2022. Office Romance la ramène sur son terrain de prédilection après une parenthèse difficile.
Début 2025, elle a finalisé son divorce d’avec Ben Affleck, deux ans après un remariage très médiatisé. Dans la foulée, elle a annulé sa tournée et choisi de rester chez elle, auprès de ses jumeaux de 18 ans. Sur le plateau de l’émission américaine CBS Sunday Morning, en septembre, elle a qualifié cette rupture de meilleure chose qui lui soit arrivée, expliquant qu’elle avait eu besoin de cette pause pour se retrouver. Le film vient confirmer son retour, après deux productions Netflix passées plus inaperçues, The Mother en 2023 et Atlas en 2024.
Au 14 juin, Office Romance tenait toujours la première place du classement anglophone de Netflix. La vraie mesure de son succès viendra dans les prochaines semaines, quand la plateforme actualisera, chaque mardi, la liste de ses films les plus vus de l’année. Les critiques, elles, ont déjà rendu leur copie. Les abonnés, eux, continuent de voter avec leur télécommande.