Sept épisodes mis en ligne d’un coup, ce jeudi matin. Netflix relance « Avatar, le dernier maître de l’air », sa version filmée avec de vrais acteurs du dessin animé culte des années 2000. La plateforme repart pourtant avec un souvenir gênant : au cinéma, cette histoire avait déjà tourné au fiasco.

Un dessin animé adoré, un film détesté

Diffusée sur Nickelodeon entre 2005 et 2008, la série d’animation « Avatar » (sans aucun lien avec les films de science-fiction de James Cameron) suit le voyage d’Aang, un enfant capable de manier les quatre éléments, dans un monde inspiré des cultures d’Asie et des peuples du Grand Nord. Une guerre en toile de fond, des personnages fouillés, un humour qui parle aux enfants comme aux adultes : elle figure parmi les dessins animés les plus respectés de sa génération. L’agrégateur de critiques Rotten Tomatoes lui accorde encore aujourd’hui 100 % d’avis favorables côté presse, près de 98 % côté public. Une rareté.

La transposition au cinéma, elle, a viré au cauchemar. En 2010, le réalisateur M. Night Shyamalan en tire « Le Dernier Maître de l’air », démoli dès sa sortie : 5 % d’avis positifs sur Rotten Tomatoes, 30 % chez les spectateurs. Intrigue confuse, interprétation raide, et une vive polémique sur le choix d’acteurs blancs pour incarner des héros inspirés de peuples asiatiques. Le long métrage traîne depuis une réputation d’adaptation ratée. Quand Netflix a annoncé sa propre version, beaucoup d’admirateurs ont serré les dents.

Les créateurs ont préféré partir

Autre signal d’alerte : les deux pères de la série d’origine, Michael Dante DiMartino et Bryan Konietzko, ont quitté le projet de la plateforme en juin 2020, après près de deux ans de préparation. En cause, des désaccords de fond avec Netflix sur l’orientation à donner au récit. « Les choses ne se sont pas passées comme nous l’espérions », écrivait DiMartino, un départ rapporté à l’époque par Variety. Pour une partie du public, ce divorce annonçait une trahison de l’esprit original.

Le public a suivi, pas la critique

La première saison, mise en ligne en février 2024, a déjoué les pronostics. L’écart relevé sur Rotten Tomatoes résume tout : 59 % d’avis favorables chez les critiques, 75 % chez les spectateurs. Le jugement de la presse tenait en une phrase, une porte d’entrée correcte dans l’univers, qui ne retrouve que par éclairs la magie du modèle animé. Les chiffres, eux, ont parlé clair : la série s’est hissée en tête du classement mondial de Netflix dans des dizaines de pays, l’un des plus gros démarrages de la plateforme cette année-là.

Cette version avait au moins corrigé l’erreur de 2010. Les rôles principaux ont été confiés à de jeunes interprètes asiatiques et autochtones, une réponse directe aux reproches adressés au film de Shyamalan. La production, elle, comptait parmi les plus ambitieuses de la plateforme, avec des décors monumentaux, une figuration nombreuse et des effets visuels à grande échelle pour donner corps aux pouvoirs des « maîtres » des éléments.

Le grand écart entre presse et public n’a d’ailleurs rien d’isolé. Netflix s’est déjà cassé les dents sur ce type d’exercice, en arrêtant net son adaptation de « Cowboy Bebop » fin 2021 après une seule saison. À l’inverse, sa relecture du manga « One Piece », en 2023, avait conquis critiques et fans, au point de filer vers une suite. Entre ces deux extrêmes, « Avatar » cherche encore sa place.

Toph, le royaume de la Terre et une nouvelle équipe

Cette deuxième saison adapte le « Livre 2 : la Terre ». Aang, toujours incarné par le jeune Gordon Cormier, doit y apprendre à manier la terre après l’air, et traverse un immense royaume continental sur fond de menace militaire. Le personnage le plus attendu porte un nom que les fans connaissent par cœur : Toph, prodige aveugle de la maîtrise de la terre, aussi têtue que redoutable. En coulisses aussi, les cartes sont rebattues. Albert Kim, qui dirigeait la première saison, laisse la main à Christine Boylan et Jabbar Raisani. Sept épisodes cette fois, un de moins que la saison précédente, tous proposés ensemble pour un visionnage d’une traite.

Les attentes sont d’autant plus fortes que ce « Livre 2 » reste, pour beaucoup de fans, le sommet de la série animée. C’est là que le récit gagne en épaisseur, que les adversaires se nuancent et que l’arc du prince banni Zuko, tiraillé entre son honneur et sa conscience, prend toute son ampleur. Rater ce chapitre, ce serait perdre le cœur des admirateurs de la première heure.

Netflix carbure à la nostalgie

Le calendrier ne doit rien au hasard. Les spectateurs qui ont grandi devant « Avatar » à la fin des années 2000 ont aujourd’hui entre 25 et 40 ans, souvent des enfants, et un abonnement à leur nom. En ressortant ces univers d’enfance, la plateforme s’offre un public déjà acquis et des familles entières devant le même écran. La marque dépasse d’ailleurs la série : des films d’animation sont en chantier pour faire vivre cet univers en parallèle des acteurs. « Avatar » est devenu un pilier que Netflix compte faire durer.

Le verdict tombera vite, dans les classements d’audience que la plateforme publie chaque semaine. Une troisième et dernière saison a déjà été commandée, dès 2024, pour adapter le « Livre 3 : le Feu » et refermer le récit. Quinze ans après le naufrage du cinéma, la version filmée joue là sa dernière carte pour prouver qu’elle en était digne.