Ce vendredi 26 juin, l’Italie débranche ses aéroports. Pendant vingt-quatre heures, de Rome à Palerme, aucun vol n’est garanti. Et cette date n’est qu’une parmi d’autres dans un été européen déjà miné par les grèves, quand des millions de Français bouclent leurs valises.
Vingt-quatre heures sans le moindre vol garanti
Le syndicat italien CUB Trasporti a déposé un préavis national pour les personnels au sol : bagagistes, équipes de piste, agents de carburant, personnels d’enregistrement. La grève court de minuit à 23h59, dans tous les aéroports du pays, de Rome Fiumicino à Milan Malpensa, en passant par Venise, Naples, Bologne, Bari, Catane, Palerme et Cagliari.
La différence avec une grève de contrôleurs aériens tient en deux mots : créneaux protégés. La loi italienne impose aux contrôleurs et au personnel navigant des plages horaires de service minimum, généralement le matin et en début de soirée. Les bagagistes, eux, n’y sont pas soumis. Résultat, il n’existe aucune tranche horaire sûre le 26 juin. Le risque pèse sur chaque vol, du premier décollage à l’aube au dernier de la nuit.
Pour mesurer la casse, il suffit de regarder le précédent du 16 février. Ce jour-là, une grève comparable des personnels au sol avait cloué entre 38 et 40 % des vols de la journée. La compagnie nationale ITA Airways avait à elle seule annulé près de 38 % de son programme. En plein pic estival, un tel taux représente des centaines de vols supprimés et des dizaines de milliers de passagers bloqués au même moment.
À Milan, même l’accès à l’aéroport déraille
Les voyageurs qui transitent par Milan affrontent un second piège. Le même 26 juin, le réseau de transports urbains de la ville, métro, trams et bus, se met aussi en grève. La liaison ferroviaire Malpensa Express, qui relie le centre à l’aéroport, est touchée. Autrement dit, un passager peut voir son vol maintenu mais se retrouver incapable de rejoindre le terminal. La consigne des spécialistes du secteur est limpide : réserver un transfert privé à l’avance et compter large sur le temps de trajet.
La France a déjà donné le 18 juin
Les aéroports parisiens ne sont pas épargnés. Roissy, Orly et Le Bourget ont connu un débrayage le 18 juin, dans le cadre d’une mobilisation sociale en Île-de-France. Et le week-end précédent, la combinaison d’orages, d’alertes canicule, de restrictions du trafic aérien et d’une demande estivale record avait suffi à retarder ou annuler 3 136 vols en vingt-quatre heures à travers l’Europe, d’Amsterdam-Schiphol à Zurich, Rome, Athènes ou Malaga.
Le souvenir de l’été dernier reste cuisant. En juillet 2025, deux jours de grève des contrôleurs aériens français avaient rayé près de 3 000 vols, immobilisé entre 40 000 et 50 000 passagers et coûté environ 120 millions d’euros au secteur, selon l’estimation d’Eurocontrol. Ryanair avait supprimé à elle seule plus de 170 vols. Le syndicat majoritaire SNCTA, qui pèse environ 60 % de la profession, donnait le tempo. La France occupe le carrefour de survol le plus chargé d’Europe : quand ses contrôleurs s’arrêtent, des avions qui ne touchent jamais le sol français restent eux aussi cloués.
Un calendrier européen qui se télescope
L’Espagne avance ses propres tensions. Un conflit autour des contrôleurs, porté par le syndicat SAERCO, couve depuis la mi-avril du côté des Canaries. Le service minimum y a jusqu’ici maintenu la plupart des vols, mais le préavis reste actif. L’Italie, de son côté, n’en a pas fini : le 5 juillet s’annonce déjà une nouvelle grève nationale des aéroports, doublée d’un arrêt des contrôleurs sur le nord du pays. Les conflits sont distincts, tous nourris par des batailles salariales, mais ils tombent sur le même agenda, celui des grands départs.
Derrière ces dates, une cause commune. Les salariés du transport aérien italien, des contrôleurs aux bagagistes en passant par la sécurité, dénoncent des rémunérations qui n’ont pas suivi l’envolée du trafic depuis 2022. Les compagnies enchaînent les records de passagers, mais les revalorisations promises tardent. C’est ce décalage qui fait de l’été 2026 la plus forte concentration de grèves aériennes en Italie depuis 2019.
600 euros, et le piège des circonstances extraordinaires
Reste la question que tout voyageur se pose en regardant le tableau d’affichage virer au rouge : ai-je droit à une indemnité ? Le règlement européen 261/2004 prévoit une compensation quand un vol est annulé ou retardé de plus de trois heures. Le barème grimpe avec la distance : 250 euros jusqu’à 1 500 kilomètres, 400 euros entre 1 500 et 3 500, et 600 euros pour les longs courriers.
Sauf que cette somme ne tombe que dans un cas précis. L’argent n’est dû que si le chaos relève de la responsabilité de la compagnie. Une grève des propres équipages d’un transporteur, comme les débrayages qui ont secoué Lufthansa, entre dans ce cadre : l’indemnité s’applique. Une grève des contrôleurs aériens ou des personnels au sol, employés par des sociétés tierces, exactement le scénario du 26 juin, est classée en circonstances extraordinaires. Et là, plus aucune compensation en liquide.
Ce qui reste acquis, en revanche, ne disparaît jamais. La compagnie doit proposer le remboursement intégral du billet sous sept jours ou un réacheminement au plus tôt, y compris sur une compagnie concurrente. Elle doit aussi nourrir et loger le passager bloqué, repas, boissons, et hôtel en cas de nuit sur place. Un bon d’achat ne peut être imposé à la place d’un remboursement. L’ironie est cruelle : les journées de grève les plus massives sont précisément celles où l’on récupère son argent, mais jamais la prime.
Ce qui limite la casse
Quelques réflexes réduisent le risque. Si la compagnie ouvre un report gratuit, mieux vaut décaler son vol : le 26 juin est à éviter en Italie. Voyager en bagage cabine met à l’abri du blocage des soutes, puisque ce sont les bagagistes qui débrayent. Garder chaque justificatif de dépense permet de réclamer la prise en charge des repas et de l’hôtel. Et une assurance souscrite après l’annonce d’une grève ne couvre généralement rien : elle doit précéder le préavis.
Prochaine échéance déjà inscrite au calendrier, le 5 juillet, l’Italie remet ça, avec en prime ses contrôleurs du Nord. Le vrai chassé-croisé des vacances, lui, n’aura même pas encore commencé.