Seize marques sur dix-neuf. C’est le nombre d’aliments pour chiens et chats dans lesquels des chercheurs britanniques viennent de débusquer des microplastiques. Et le plus troublant tient en une ligne : ce sont les produits premier prix qui en contiennent le plus.

L’étude, signée par les universités du Sussex et d’Exeter, a été publiée le 17 juin dans la revue scientifique Environmental Toxicology and Chemistry. Les chercheurs ont passé au crible 38 produits pour chiens, chats et hérissons vendus au Royaume-Uni. Résultat : des fragments de plastique dans plus de trois quarts des références analysées.

Seize marques sur dix-neuf épinglées

Le chiffre brut donne le ton. Des microplastiques ont été retrouvés dans 84 % des marques testées, des grandes enseignes connues du grand public comprises. « Nous avons trouvé du plastique dans seize des dix-neuf marques que nous avons examinées, y compris des marques très réputées », résume Emily Thrift, doctorante au Sussex et autrice principale du travail.

Pour elle, le constat dépasse la simple gamelle. Vu le nombre colossal d’animaux nourris avec ces produits, la chercheuse y voit une voie d’entrée du plastique dans les écosystèmes terrestres restée jusqu’ici dans l’angle mort. Personne n’était allé regarder dans l’assiette de Médor.

La pâtée pire que les croquettes

Première contre-intuition de l’étude : la nourriture sèche affiche les concentrations les plus élevées par gramme, mais c’est la pâtée qui fait grimper la dose quotidienne. La raison est mécanique. Un animal doit avaler de bien plus grosses portions de nourriture humide pour couvrir ses besoins en énergie, donc il ingère au total davantage de particules.

Les scientifiques avancent une fourchette parlante. Un grand chien pourrait ingérer entre 162 et 2 314 fragments de plastique par jour, selon le type d’aliment et la marque choisie. Avec un régime exclusivement à base de pâtée, le compteur d’un gros gabarit dépasse les 300 particules quotidiennes. Le tout ressort ensuite dans les déjections, et finit dans le sol.

Le premier prix plus contaminé

Deuxième surprise, et pas la moins gênante pour le portefeuille des maîtres. Les produits d’entrée de gamme, ceux vendus au prix le plus bas, se sont révélés plus chargés en microplastiques que les références haut de gamme. Acheter moins cher reviendrait donc, en moyenne, à servir un peu plus de plastique dans la gamelle.

D’où vient cette contamination ? Les chercheurs reconnaissent qu’ils l’ignorent encore. La qualité des ingrédients, les emballages ou les procédés de fabrication sont sur la liste des suspects, mais aucun n’a été confondu pour l’instant. Il faudra d’autres analyses pour trancher.

Pas seulement un problème de mer

L’image colle pourtant au plastique : des continents de déchets qui dérivent sur les océans, des tortues prises au piège des sacs. Cette recherche déplace le regard vers la terre ferme et les jardins. « Les microplastiques ne sont pas qu’un problème marin », tranche la professeure Fiona Mathews, biologiste de l’environnement au Sussex, qui a supervisé l’étude. Selon elle, nos animaux pourraient devenir des passeurs involontaires de pollution, par leur nourriture comme par leurs crottes.

Le hérisson en fait les frais. Soutenue par une association britannique de protection de l’espèce, l’étude estime que ces petits mammifères, souvent nourris dans les jardins avec des croquettes pour chats, en avalent de 6 à 105 par jour. De quoi inquiéter les défenseurs d’une espèce déjà en mauvaise posture.

Les mêmes polluants que nous

Reste la question qui taraude tout propriétaire : est-ce dangereux ? Les auteurs sont prudents. L’effet sur la santé des animaux ne faisait pas partie de leurs objectifs et n’a donc pas été mesuré. Ils rappellent toutefois un point connu : des substances toxiques ont tendance à s’accrocher à la surface des particules de plastique, ce qui pourrait, en théorie, poser problème à long terme.

La professeure Tamara Galloway, écotoxicologue à l’université d’Exeter, élargit la perspective. Nos compagnons à quatre pattes sont exposés aux mêmes polluants chimiques que leurs maîtres, et assainir la chaîne alimentaire devra devenir une priorité pour les années à venir. Le plastique a déjà été retrouvé dans le sang humain, l’eau du robinet et de nombreux aliments. La gamelle du chien n’était que le maillon qui manquait au tableau.

L’ampleur du phénomène donne le vertige. Une estimation souvent reprise, tirée de travaux de l’université de Newcastle pour le compte du WWF, évalue à environ cinq grammes par semaine la quantité de plastique qu’un adulte avalerait sans le savoir, soit le poids d’une carte bancaire. Le chiffre fait débat chez les scientifiques, mais l’ordre de grandeur illustre une réalité désormais admise : ces particules ont colonisé l’eau, l’air et l’assiette, des deux côtés de la laisse.

Vingt millions de gamelles en France

L’étude porte sur des produits britanniques, mais le marché de l’alimentation animale est mondial, dominé par une poignée de géants présents des deux côtés de la Manche. La France compte plus de vingt millions de chiens et de chats, qui mangent pour l’essentiel des croquettes et des pâtées industrielles issues des mêmes filières. À ce jour, aucune réglementation ne fixe de limite de microplastiques dans ces produits, ni en France ni ailleurs en Europe.

Faute de savoir d’où vient le plastique, les conseils pratiques manquent encore. Privilégier une marque plutôt qu’une autre n’offre aucune garantie tant que la source n’est pas identifiée. Les chercheurs promettent désormais de remonter la piste, des ingrédients jusqu’à l’emballage, pour comprendre comment le plastique atterrit dans l’assiette des animaux. Quant à ses effets réels sur leur santé, ils attendront une prochaine étude pour être mesurés.