Le démarcheur sonne, sourire aux lèvres, et déroule son argument massue: posez des panneaux sur votre toit, revendez le courant à EDF, et l’installation se rembourse toute seule. Le hic, c’est que depuis le mois de juin, EDF ne rachète presque plus rien. Le surplus solaire est tombé à 1,1 centime le kilowattheure, et les signalements d’arnaques, eux, ont bondi de 34 %.

Le rachat du surplus s’est effondré

Un arrêté entré en vigueur le 5 juin 2026 a redessiné toute l’économie du solaire domestique. Le tarif auquel EDF rachète le surplus, cette électricité que vos panneaux produisent mais que vous ne consommez pas sur le moment, chute à 1,1 centime le kilowattheure pour les nouvelles demandes, avec une hausse de 2 % par an. Début 2026, le même surplus se négociait encore autour de 4 centimes.

La prime à l’autoconsommation, ce coup de pouce versé au moment de l’installation, disparaît au passage. Pour les toits équipés jusqu’à 100 kilowatts-crête, la revente cesse d’être un argument. Les installations de 9 à 100 kilowatts-crête avaient déjà vu leur tarif d’achat rogné de 13 % au 1er janvier. La marche de juin a fait le reste.

Ce tour de vis n’a rien d’un caprice français. Partout en Europe, les États rabotent des soutiens devenus coûteux, à mesure que les toits solaires se multiplient. Aux heures les plus ensoleillées, le réseau croule déjà sous une production qu’il peine à absorber, au point que les prix de gros plongent parfois sous zéro à midi. Payer le surplus au prix fort n’avait plus grand sens pour la collectivité.

L’argument des vendeurs ne tient plus

C’est là que le bât blesse. Pendant des années, la promesse d’une revente juteuse à EDF a servi de moteur commercial aux démarcheurs. À 1,1 centime, injecter son surplus dans le réseau ne rapporte quasiment plus rien: mille kilowattheures renvoyés dans les câbles rapportent à peine onze euros sur l’année.

La rentabilité d’un projet repose désormais sur une seule chose, l’électricité que l’on consomme soi-même à l’instant où on la produit, et les économies que cela permet sur la facture. Un panneau reste utile pour ne plus acheter son courant, pas pour le vendre. Ceux qui promettent encore un remboursement automatique par la revente racontent une histoire périmée.

Le calcul de rentabilité s’en trouve rallongé. Une installation domestique coûte plusieurs milliers d’euros, longtemps amortis en partie grâce à la revente. Sans ce complément, tout dépend de la part d’énergie réellement consommée sur place. Plus on avale sa propre production, plus l’opération garde du sens; un toit qui réinjecte tout dans le réseau, lui, n’a quasiment plus d’intérêt financier. Un foyer absent la journée mettra donc bien plus longtemps à rentrer dans ses frais qu’avant la réforme.

Les signalements grimpent de 34 %

La DGCCRF, le gendarme de la consommation, multiplie les alertes. Le photovoltaïque figure parmi ses motifs de plainte les plus fréquents depuis 2022, et l’année 2026 a vu les signalements liés à l’autoconsommation grimper de 34 %. La mécanique varie peu: démarchage à domicile insistant, fausses promesses de subventions, rentabilité garantie sur le papier, installateurs dépourvus de la qualification RGE, contrats signés dans la précipitation.

Les cibles favorites sont souvent des propriétaires âgés, à qui l’on fait signer dans la foulée un crédit à la consommation adossé au chantier. Certains se retrouvent avec des installations surdimensionnées, parfois facturées plusieurs dizaines de milliers d’euros, un matériel qui produit mal et une entreprise injoignable dès le premier problème. La flambée des prix de l’électricité et la peur de la facture ont offert aux escrocs un terrain rêvé. Les particuliers qui se sentent piégés peuvent déposer un dossier sur la plateforme publique Signal Conso.

Le phénomène a grossi avec le solaire lui-même. Des centaines de milliers de foyers se sont équipés ces dernières années, et chaque nouveau toit devient une porte à laquelle frapper. Plus le marché enfle, plus les margoulins s’y engouffrent.

Ce que la loi change en 2026

Le législateur a réagi. Une directive européenne, transposée en France au printemps, a musclé la protection des acheteurs. Depuis le 1er juin 2026, tout contrat d’installation solaire signé hors d’un magasin, donc à domicile ou sur un salon, ouvre un délai de rétractation de 30 jours, contre 14 auparavant. Un particulier qui a cédé à la pression d’un commercial dispose maintenant d’un mois entier pour tout annuler, sans avoir à se justifier. De quoi souffler, comparer les devis et relire ce qu’on a paraphé.

Comment éviter le piège

Quelques réflexes coupent l’herbe sous le pied des arnaqueurs. Ne rien signer le soir même sous prétexte d’une offre valable uniquement aujourd’hui. Vérifier que l’installateur détient bien le label RGE, sans lequel aucune aide publique n’est possible. Se méfier de toute rentabilité présentée comme garantie, surtout quand elle repose sur la revente. Réclamer plusieurs devis, exiger le détail des aides réellement mobilisables, et fuir les promesses de gratuité totale.

Un projet solaire peut rester une bonne idée, à condition de le calibrer sur sa propre consommation et non sur un rêve de revente. Les foyers qui tournent beaucoup en journée, avec du télétravail, une voiture électrique ou une pompe à chaleur, sont ceux qui s’y retrouvent le mieux.

Le calcul, en 2026, a basculé. Le solaire résidentiel se justifie par les économies sur la facture, pas par un chèque d’EDF qui n’arrivera plus. Avant de signer, il reste un mois pour changer d’avis, et une plateforme pour signaler les abus.