Cinq euros de taxe sur un seul colis venu de l’autre bout du monde. C’est ce qui attend les habitués de Shein, Temu et AliExpress à compter du 1er juillet, contre deux euros aujourd’hui. Paris prélevait déjà sa part depuis le printemps, Bruxelles ajoute désormais la sienne.

Deux prélèvements qui s’additionnent

Depuis le 1er mars, chaque article importé d’un pays hors Union européenne et facturé moins de 150 euros supporte une taxe française de deux euros. Le dispositif figure à l’article 82 de la loi de finances pour 2026 et cible, selon la direction générale des douanes, les marchandises qui passent par le circuit déclaratif simplifié réservé aux petits envois.

Le 1er juillet, un second étage se greffe sur le premier. Le Conseil de l’Union européenne, qui a validé le texte le 11 février, instaure un droit de douane forfaitaire de trois euros sur ces mêmes colis. Les deux prélèvements se cumulent. La facture fiscale grimpe à cinq euros par article, là où elle plafonnait à deux il y a encore quelques jours.

Officiellement, ce n’est pas l’acheteur qui règle l’addition en validant son panier. Le redevable, c’est la plateforme. Mais Shein, Temu et leurs rivaux répercuteront presque à coup sûr ce surcoût, sur les prix affichés ou sur les frais de livraison. D’une façon ou d’une autre, la somme retombe dans le caddie du client.

Le piège du panier trop varié

Le détail qui change tout tient dans un code: le SH6, la nomenclature qui range chaque marchandise dans une famille douanière. La taxe ne se compte pas par objet, mais par catégorie. Acheter cinq fois le même tee-shirt ne déclenche qu’un seul prélèvement, puisque les cinq pièces relèvent du même code. Glisser dans le carton un tee-shirt, un jean et une paire de chaussettes, et voilà trois catégories distinctes.

À cinq euros pièce, ce panier mélangé coûte donc quinze euros de taxe, avant même le prix des articles. L’association Que Choisir a pointé cette mécanique qui frappe surtout les petites commandes éclectiques, celles que ces sites poussent à coups de prix cassés. Plus le colis est diversifié, plus la note enfle.

Un exemple suffit à mesurer le choc. Une commande de quinze euros répartie sur trois familles de produits verra sa taxe atteindre quinze euros à son tour, un doublement sec du ticket de caisse. La parade se devine vite: regrouper ses achats dans une seule catégorie pour ne payer qu’une fois, ou se tourner vers des vendeurs qui stockent déjà en Europe et échappent au prélèvement. Encore faut-il que les consommateurs, habitués à remplir leur panier au fil des envies, changent leurs réflexes.

826 millions de colis dans le viseur

Le volume donne le vertige. Rien qu’en France, les douanes ont compté 826 millions d’articles entrés par ces canaux en 2025, soit plusieurs dizaines d’avions cargo chaque jour. À l’échelle du continent, la Commission européenne a recensé environ 4,6 milliards de colis de moins de 150 euros pour la seule année 2024, dont 91 % expédiés depuis la Chine.

Deux objectifs assumés se cachent derrière la mesure. Rendre la concurrence moins déloyale pour les commerçants français et européens, écrasés par des paquets vendus quelques euros pièce. Et renflouer les caisses publiques: l’État table sur près de 500 millions d’euros de recettes annuelles, de quoi financer des services douaniers submergés par le tri.

Tout le modèle de ces géants reposait sur cette franchise. Tant qu’un colis restait sous les 150 euros, il franchissait la frontière sans droit de douane, ce qui rendait possibles les prix planchers et l’envoi direct depuis des entrepôts chinois, sans stock en Europe. Supprimer cet avantage, c’est viser le cœur du système qui a bâti leur fortune en quelques années.

Des colis qui posent aussi un problème de sécurité

La taxe avance avec un second argument. Lors de contrôles menés en 2025, les autorités françaises ont jugé près d’un quart des produits examinés sur ces plateformes non conformes à la réglementation, parfois contrefaits, parfois dangereux. Ralentir un flux que les douaniers n’arrivent plus à inspecter pèse autant, dans le discours officiel, que la question fiscale.

La faille que l’Europe veut refermer

La taxe française traînait un angle mort. Une plateforme pouvait dérouter ses avions vers un autre pays européen sans prélèvement équivalent, puis acheminer les colis en France par la route, hors de portée du fisc. Le surcoût s’évaporait, les recettes attendues avec lui. En passant à l’échelle de l’Union, Bruxelles tente de boucher ce trou.

Le droit de douane de trois euros reste toutefois provisoire. Il accompagne la fin de la franchise qui exonérait jusqu’ici les colis sous 150 euros, en attendant la grande réforme douanière européenne et sa plateforme de données, prévues pour 2028. D’ici là, une redevance de traitement, distincte d’un droit de douane, doit être fixée par l’Union à l’automne et pourrait remplacer la taxe nationale.

L’Europe ne fait que rejoindre un mouvement plus large. Les États-Unis ont supprimé fin août 2025 leur propre franchise, qui dispensait de droits les colis de moins de 800 dollars, en visant d’abord les envois chinois de Shein et Temu. L’ère du paquet exotique livré à prix dérisoire, sans le moindre droit à acquitter, se referme des deux côtés de l’Atlantique.

Pour les acheteurs, le rendez-vous est immédiat. Dès les premières commandes de juillet, la ligne de taxe apparaîtra au moment de payer, et le réflexe du colis rempli au hasard pourrait coûter bien plus cher qu’avant. Le prochain jalon est fixé à l’automne, quand l’Union doit arrêter le montant de sa redevance de traitement, celle qui prendra le relais de la taxe française.