Minuit pile, et près de 30 000 cerveaux parisiens se mettent en branle. La nouvelle grille de métrodoku vient de tomber, neuf cases à remplir avec des stations du métro sous des contraintes parfois absurdes. Le créateur, un fonctionnaire de 31 ans, ne reconnaît plus son projet.
Ouvrez metrodoku.fr ce vendredi 1er mai, et la mécanique saute aux yeux. Une grille de 3 cases par 3, des en-têtes de lignes et de colonnes qui dictent les contraintes du jour. « Contient la lettre V » plus « Sur la ligne 8 » : sept réponses possibles, dont Chemin Vert ou Filles du Calvaire. « Contient une lettre doublée » plus « Dessert exactement deux lignes » : Belleville, Gambetta ou Hôtel de Ville font l’affaire. Trois erreurs maximum, sinon la partie s’arrête. Une station déjà posée ne peut plus servir ailleurs dans la grille. Et il faut faire vite, parce que vous n’aurez pas une deuxième grille avant minuit le lendemain.
Une semaine de code, un mois pour exploser
Le développeur s’appelle Jean David, raconte Le Parisien dans son édition du 30 avril. Arrivé dans la capitale il y a quatre ans, ferrovipathe assumé et habitué du métro comme du RER, il avait été frappé par Tubedoku, un jeu équivalent calé sur le London Underground. « Il fallait absolument qu’il y ait ça pour celui de Paris », confie-t-il au quotidien francilien. Le code prend une semaine, les données viennent de l’open data de la RATP, et la première grille tombe le 2 avril 2026. Sept jours plus tard, le compteur affiche 1 000 joueurs. « Je pensais que j’avais atteint mon petit réseau de potes et de ferrovipathes, et que ça allait s’arrêter là », sourit Jean David. Mauvais pronostic. Un mois après le lancement, ils sont 30 000 chaque jour à attaquer la nouvelle grille, et 2 600 à suivre le compte X @metrodoku qui sert de baromètre au développeur.
Sur la lignée de Wordle et pedantix
Métrodoku s’inscrit dans la veine désormais bien installée des puzzles quotidiens à fenêtre courte. Wordle a ouvert le bal en 2021. Le New York Times a déboursé sept chiffres début 2022 pour mettre la main dessus, et le format a essaimé. Sutom, version française tout aussi addictive. Pedantix, qui fait deviner un mot caché à coups de synonymes. La table des savoirs, dérivée des Douze coups de midi. Tous reposent sur le même mécanisme cognitif : une partie courte, une seule chance par jour, un partage facile sur les réseaux sociaux. Métrodoku coche toutes les cases, avec un bonus parisien qui parle aussi hors de Paris : qui n’a pas tenté un soir, sur un coin de nappe ou dans un dîner, de citer le maximum de stations de mémoire ?
La 3bis vous trahit toujours
Le réseau parisien compte aujourd’hui 16 lignes et 321 stations, selon les chiffres officiels publiés par la RATP après l’extension de la ligne 14 jusqu’à Orly, opérée en janvier 2025. Cela laisse des combinaisons par milliers à un développeur qui veut piéger ses joueurs. Et tout le monde se prend les pieds dans le tapis sur la 3bis ou la 7bis, ces deux antennes courtes que personne n’emprunte vraiment, sauf à habiter le 19e ou le 20e arrondissement. « En jouant, je me suis rendu compte de l’étendue du réseau, c’est dingue », reconnaît Jean David dans Le Parisien. « Quand je vois qu’il y a 19 réponses possibles et que je n’arrive pas à en sortir une, c’est hyper frustrant. J’arrive à me faire avoir par mon propre jeu. » Konbini, qui a vu le jeu défiler sur les fils d’actualité en quelques jours, le qualifie d’objet qui « rend zinzin Internet ». Rotek, plus mesuré, parle d’un puzzle « addictif » qui met au défi votre véritable connaissance du réseau.
Plus c’est rare, plus ça rapporte
Toute la subtilité tient dans la mécanique du score. Plafonné à 900 points, il valorise les réponses originales. La FAQ du site précise qu’une station correcte mais peu choisie par les autres joueurs peut rapporter jusqu’à 115 points, contre une poignée seulement pour la solution évidente. Chaque erreur, elle, rabote 20 points au total. Le résultat, c’est un effet pervers immédiat : les joueurs avancés cherchent à éviter Châtelet ou République, ces gares centrales que tout le monde tape en premier, pour aller pêcher du Pereire ou du Pré-Saint-Gervais, beaucoup plus rentables. Le système est indexé sur une référence historique figée publiée avec la grille, afin que les premiers connectés ne soient pas favorisés artificiellement par rapport aux retardataires de la pause déjeuner.
Une version « hardcore » déjà en chantier
Le créateur ne compte pas s’arrêter là. Un mode plus difficile est annoncé, avec à terme un système de classement entre joueurs. Les retours, dit-il à Le Parisien, font partie intégrante du projet. « Ce jeu ne marcherait pas sans tous ces messages. Il appartient aux joueurs autant qu’il m’appartient. » Le site reste pour l’instant sans publicité, sans abonnement payant, et un onglet Ko-fi propose un soutien volontaire à celui qui a posé le code sur son temps libre. Aucune offre de rachat publique n’a filtré pour le moment, alors que Wordle s’était envolé vers les caisses du New York Times en moins de trois mois après son explosion virale. Si la trajectoire de métrodoku se confirme, la question pourrait se poser plus vite que prévu, surtout du côté de la RATP elle-même qui ouvre régulièrement la porte aux projets bâtis sur ses données.
Jean David, lui, s’occupe de coder un curseur de difficulté variable et de faire remonter les bugs sur sa boîte mail. Et chaque soir à minuit, la nouvelle grille tombe. Ce vendredi 1er mai, elle est déjà en ligne. Bonne chance avec la ligne 3bis.