6,19 euros de plus sur la facture mensuelle de gaz pour 7,5 millions de ménages. Et, à dix jours d’écart, le repas Crous tombe à 1 euro pour tous les étudiants. Vendredi, le 1er mai 2026 ouvre une cascade de petites bombes pour le porte-monnaie.
Pendant que les Français préparent les ponts du week-end de quatre jours, plusieurs barèmes basculent. Certains piquent. D’autres soulagent. Tous concernent des millions de foyers, parfois sans qu’ils le sachent. Tour d’horizon.
Le gaz prend 15,4 %, la facture grimpe de 6 euros
Le prix repère de vente de gaz, calculé chaque mois par la Commission de régulation de l’énergie, passe de 139,12 à 160,54 euros le mégawattheure TTC au 1er mai. Soit une hausse moyenne de 15,4 %. Sur la facture mensuelle d’un foyer chauffé au gaz, cela représente environ 6,19 euros supplémentaires d’après les calculs de la CRE.
Ce prix repère sert de boussole aux fournisseurs et aux clients dont le contrat est indexé. Les ménages qui ont signé une offre à prix fixe ne verront rien bouger pendant la durée de leur contrat. Les autres, soit 7,5 millions de foyers selon Service-Public.fr, vont recevoir une mauvaise surprise dès la prochaine échéance.
L’origine de la flambée tient en deux mots : guerre en Iran. Depuis l’embrasement militaire entre Washington, Tel-Aviv et Téhéran, les marchés mondiaux du gaz s’affolent. La France, dépendante des importations européennes, encaisse la secousse au moment où le chauffage commence à peine à s’arrêter dans les logements mal isolés.
Repas Crous à 1 euro pour tous les étudiants
Côté soulagement, l’annonce vient des Crous. À partir du 4 mai, le repas à 1 euro sera servi à tous les étudiants, sans condition de bourse ni de précarité. Jusque-là, le tarif réduit était réservé aux boursiers et aux étudiants en situation difficile prouvée. Désormais, il suffira d’un compte Izly actif.
Le réseau des Crous, qui dépend du ministère de l’Enseignement supérieur, précise que la mesure couvre les titulaires de la carte d’étudiant, les apprentis, les alternants, les doctorants et les volontaires en service civique. Le repas associe un plat principal et jusqu’à deux périphériques (entrée, fromage, dessert ou fruit). Une fois par service, midi ou soir.
Le geste a un coût. La généralisation du tarif à toute la population étudiante, environ 3 millions de personnes, oblige les Crous à anticiper l’afflux. Click and collect, cafétérias, formats alternatifs : le réseau prépare la bascule depuis plusieurs semaines pour éviter les files d’attente kilométriques observées pendant le Covid.
Titres de séjour : la facture s’envole pour les étrangers
La loi de finances 2026 entre en application le 1er mai sur les taxes payées par les étrangers vivant en France. Le timbre fiscal pour la première délivrance d’une carte de séjour passe de 225 à 350 euros, soit 125 euros de plus du jour au lendemain. Pour le renouvellement, l’addition grimpe de 225 à 250 euros, selon les barèmes publiés au Journal officiel.
Le tarif réduit, qui s’applique aux étudiants, aux saisonniers et aux personnes concernées par le regroupement familial, double : il passe de 75 à 150 euros pour la délivrance, et de 75 à 100 euros pour le renouvellement. Une nouvelle taxe de 100 euros apparaît pour l’autorisation provisoire de séjour, qui n’en payait aucune.
L’ajustement le plus brutal touche la naturalisation. Le timbre fiscal grimpe de 55 à 255 euros, soit une multiplication par 4,6. Les associations d’aide aux étrangers, citées par le cabinet Deloitte sur son blog d’avocats, dénoncent un signal politique autant qu’un coup financier au moment où le gouvernement durcit le discours sur l’immigration.
Échanger son permis étranger ne sera plus gratuit
Toujours côté formalités, l’échange d’un permis de conduire européen ou étranger contre un permis français devient payant à compter du 4 mai. Un nouveau droit de timbre de 40 euros est instauré, ramené à 20 euros en Guyane. Une démarche en ligne sera ouverte le même jour pour le règlement.
Le ministère de l’Intérieur justifie la taxe par les frais de fabrication et d’acheminement du nouveau titre. Pour les ressortissants hors Union européenne installés en France, ce passage par la case française était jusqu’ici l’une des dernières démarches gratuites de l’arsenal administratif.
Chèque énergie : 700 000 nouveaux bénéficiaires
Le seul vrai coup de pouce du 1er mai vient du chèque énergie. Le ministère de l’Économie a confirmé qu’une vague supplémentaire de 700 000 foyers recevra automatiquement le chèque dès mai, en plus des 3,8 millions servis au 1er avril. Au total, 4,5 millions de ménages seront couverts au printemps.
L’extension est rendue possible par un croisement plus fin des données fiscales et sociales, qui permet à l’État de repérer des foyers modestes passés jusque-là sous le radar. Le montant moyen du chèque s’établit à 153 euros, et peut atteindre 277 euros pour un ménage à faibles revenus avec plusieurs personnes à charge.
L’éligibilité est verrouillée : revenu fiscal de référence 2024 par unité de consommation inférieur à 11 000 euros. Les ménages qui s’estiment oubliés peuvent réclamer leur chèque en ligne ou par courrier jusqu’au 31 décembre 2026.
Petits détails, grosses conséquences
Trois autres mesures passent souvent inaperçues. La gare de Lyon, à Paris, ferme totalement du 30 avril au 3 mai pour des travaux. La SNCF prévient les voyageurs : pas un seul train en partance ni à l’arrivée pendant ces quatre jours, le calendrier des grands départs du week-end s’en trouve bousculé.
Côté forêts, l’obligation de tenir son chien en laisse, en vigueur depuis le 15 avril, court jusqu’au 30 juin. Une règle saisonnière souvent oubliée des promeneurs et qui peut valoir 750 euros d’amende en cas de contrôle. Et pour les Français de l’étranger, les conseillers consulaires seront élus en mai dans plusieurs circonscriptions, avec un vote dématérialisé organisé par le ministère des Affaires étrangères.
Le Tribunal des conflits a tranché en avril : les contestations sur le calcul du chèque énergie relèvent du juge administratif, pas judiciaire. Une bonne nouvelle pour les futurs recours. Quant à la déclaration des revenus 2025, le couperet tombe entre le 22 mai et le 5 juin selon les départements. Le portail impots.gouv.fr a déjà ouvert son guichet.
Au final, ce 1er mai 2026 se résume à une équation simple. Pour un foyer modeste chauffé au gaz, parent d’un étudiant et titulaire d’un permis étranger, l’addition arithmétique du mois est claire : six euros de plus sur la facture, dix euros gagnés au resto U sur la semaine, et quarante euros à débourser à la moindre démarche administrative. Le solde, comme toujours, dépendra du portefeuille de chacun.